10 juillet 2009

Emily Loizeau

Festival Terres du Son

Monts

par Loïc Bousquet

Interview pour phOtOurs et Terres du Son
avec la participation de Céline Adhumeau

Rejoignez Emily Loizeau avec tous ses amis musiciens dans son monde fantaisiste et poétique. Immergez-vous dans son univers parfois léger, parfois mélancolique. Laissez-vous guider par ses chansons aux mélodies douces et tendres.

Interview pour phOtOurs et Terres du Son
avec la participation de Céline Adhumeau

Rejoignez Emily Loizeau avec tous ses amis musiciens dans son monde fantaisiste et poétique. Immergez-vous dans son univers parfois léger, parfois mélancolique. Laissez-vous guider par ses chansons aux mélodies douces et tendres.


De «l’autre bout monde» au «pays sauvage», que de chemin parcouru, peux-tu nous raconter ce qui t’a conduit vers ton 2ème album ?

Emily Loizeau : Dans le 1er album, j’étais une pianiste, qui s’est mise à chanter. Il y avait vraiment un tandem piano-voix très fort qui est aujourd’hui bien sûr toujours présent mais un peu différemment et peut être un petit peu plus sur le côté qu’au centre. Ensuite des musiciens sont venus nourrir ce duo piano-voix et l’étoffer mais toujours en s’inscrivant autour. C’est un disque que j’ai fait au moment d’un deuil assez fort qui a eu du mal à se faire et qui c’est inscrit comme une rupture dans ma vie. Il y avait des chansons assez folks, d’autres plus versées sur ma fibre française, assez orientées par ma formation classique dans ma manière de jouer et d’arranger les choses. Mais il y avait aussi des chansons très ludiques, très joyeuses comme des chansons qui voudraient sortir la tête de l’eau et à nouveau rire.

Pour mon 2ème album, je ne voulais pas faire un disque identique au premier. Beaucoup de choses se sont passées, il y a eu deux ans de tournée, beaucoup de live. J’ai eu envie d’explorer d’autres facettes de mon écriture et peut-être de me libérer de mon rapport avec le piano. Bien sûr quand on est aussi intime avec un instrument, on s’embrigade soi-même dans des réflexes, des manières de faire. J’avais envie de mettre tout cela de côté et de faire différemment. C’est un disque très brut, très ludique dans le sens où il a un rapport animal à la chanson. Il se veut presque comme un disque où on pourrait crier en tapant sur une table ou sur une poubelle dans la rue.

Dans le propos, c’est un disque qui répond au précédent en constatant que le deuil est fait, que la page se tourne, que le souvenir de celui qui m’a tant manqué est en train de se flouter et que les douleurs qui restent, il faut les assumer. C’est à la fois terrible et en même temps la vie reprend le dessus. Ce disque est une envie de célébrer cela et de crier : «je suis vivante». C’est quelque chose que j’ai envie de dire aux gens. Sans forcément parler de moi au sens «apprenez à me connaître». Ce n’est pas ça que je veux dire car cela serait très narcissique. Mais plutôt, envie de partager cette émotion avec les gens et les faire voyager là-dedans.


Tu parles de ton enfance avec une écriture nostalgique et mélancolie et tu sembles parfois angoissée par l’avenir, la chanson est-elle une forme de thérapie pour toi, un moyen d’apaiser tes angoisses, d’évacuer ou d’exprimer tes inquiétudes de la vie et de l’avenir ?

Emily Loizeau : Oui, dans un sens, une manière d’apprendre à se connaître et d’exorciser sa douleur. Une thérapie, dans l’idée d’aller mieux et de guérir. C’est comme un môme qui fait sa crise de nerf et qui va mieux après ou comme un rayon de soleil après une tempête. Dans le fait d’être chanteuse et d’écrire mes chansons, j’ai envie d’être au plus près de ce que je suis avec tout ce qu’il y a de difficile à assumer parfois, que ce soit vocalement, musicalement ou encore humainement. Je souhaite faire ce métier en dévoilant mes failles, mes ombres ou mes côtés plus solaires sinon je crois que je ne pourrais pas faire ce métier très longtemps.


Tu chantes parfois en français, parfois en anglais, donnant ainsi à chacune de tes chansons des caractères vraiment différents, comment et pourquoi t’est venue cette idée de chanter dans deux langues différentes ?

Emily Loizeau : Ça a commencé avec un label aux Etats-Unis qui voulait sortir mon premier album mais qui finalement ne l’a pas fait. Ils m’ont demandé des versions anglaises de « jalouse » et de «l’autre bout du monde». J’ai commencé par «jalouse», c’était un véritable défi mais ça m’a fait marrer. Ensuite, je me suis beaucoup essayée à faire des versions anglaises de certaines de mes chansons. Mais toujours des versions littérales. J’aime bien le côté brut qu’offre l’anglais dans l’écriture. C’est quelque chose de très simple et essayer de retrouver ça avec le français est très intéressant. En fait, l’anglais m’inspire beaucoup pour écrire en français. J’ai souvent pour des chansons une langue qui m’inspire plus qu’une autre mais parfois j’inverse pour amener la chanson vers autre chose.


Ton spectacle très intimiste et féminin ne semble pas forcément conçu pour les scènes rudes et festives d’un festival, quel rapport as-tu avec ce genre d’évènement ?

Emily Loizeau : En effet, on a beaucoup de mal à convaincre les directeurs de programmation de festival qu’on peut adapter le spectacle pour des festivals en plein air. Et cela m’agace vraiment parce que je sais qu’on peut le faire. Dans une salle, on arrive avec une création très intime, hyper élaborée au niveau des lumières et de la scénographie, avec plein d’instruments. Mais si on doit jouer après un groupe dans un festival, on sait aussi faire. On va réduire les lumières, les balances, le nombre d’instruments pour être le plus basique et le plus efficace possible. Pour moi, c’est hyper important. J’adore faire les festivals et j’adore le plein air. Il y un rapport plus dynamique aux choses, tu vas éliminer certaines chansons, tu vas faire un set plus physique et plus dynamique et effectivement tu effaces certains éléments. Mais c’est tout aussi excitant car il y une autre relation avec le public qui se met en place.


Aujourd’hui, tu as trouvé ton chemin, tu commences à faire ta place, tu as travaillé avec des grands noms de la scène française, quels sont tes projets après cette tournée ? Où te vois-tu dans 10 ans ?

Emily Loizeau : Pour l’instant, je suis très concentrée sur ce spectacle, sur cette tournée, sur la promotion du disque, tout ça prend beaucoup de temps. Je n’ai pas trop d’autre projet vraiment précis. Et dans 10 ans, j’espère que j’aurai des enfants et que je serai toujours sur scène. Pour moi cette vie d’écriture et de tournée est absolument viscérale mais je ne pourrais pas me contenter que de ça. Je pense que j’aurai réussi ma vie seulement s’il y a un équilibre entre ma vie professionnelle et ma vie familiale. Mais je crois que c’est difficile de faire les deux.


Merci Emily

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