Fumuj
Festival Pad’Non
Loches
par Marion Bérard
Après un passage au festival Aucard de Tours au mois de juin, les tourangeaux de Fumuj sont de retour en Touraine au festival Pad’non de Loches. Quelques années après leur première apparition dans ce festival, qui fête cette année ces dix ans, le groupe revient avec un set conceptuel. PhOtOurs les a rencontrés avant de monter sur scène.
Après un passage au festival Aucard de Tours au mois de juin, les tourangeaux de Fumuj sont de retour en Touraine au festival Pad’non de Loches. Quelques années après leur première apparition dans ce festival, qui fête cette année ces dix ans, le groupe revient avec un set conceptuel. PhOtOurs les a rencontrés avant de monter sur scène.
Parlez-nous un peu de votre nouveau set.
C’est un concert pour mêler deux publics très différents : les entendants et les malentendants. L’idée c’est de rompre le silence et de ramener du monde. Les sourds et malentendants ne vont pas forcément voir des concerts. Ils restent entre eux et n’osent pas venir. Ce qu’on veut, c’est leur faire prendre conscience qu’ils peuvent sentir la musique à leur façon.
Qu’est-ce qui vous a motivé dans l’écriture de ce spectacle ?
C’est une sorte de défi. Le directeur de l’Astrolabe à Orléans nous a proposé un show autour du concept de musique pour sourds et malentendants. Au début, on a eu un peu peur du challenge de faire entendre de la musique à ceux qui ne perçoivent pas les sons. Nous avons travaillé avec des associations de sourds, on a lu des livres sur le sujet et puis on s’est dit que c’était vraiment un beau projet.
Justement, comment faire entendre votre musique à ce public ?
On utilise le principe de la somesthésie : au début du concert, on distribue des boudins en plastique pour que le public puisse ressentir les vibrations produites par les sons aigus et médiums. Pour les sons graves, on installe dans la salle des colonnes en plastique qui vibrent au rythme de la musique. On a aussi mis en place un support visuel qui réagit avec la musique et les paroles des chansons. Il y a un gros travail de mise en lumière. La batterie s’allume, c’est un vrai truc de gosse mais ça permet de visualiser ce que joue le batteur. Enfin, on travaille actuellement avec une danseuse qui connait la langue des signes et traduit les paroles en langue des signes internationale (LSI).
Quels retours avez-vous sur le concert ?
Nous nous sommes rendu compte que ce que nous faisons touche tout le monde. Nous avons fait pas mal de concerts avec des sourds dans le public. Beaucoup sont venus nous voir après. Ils réagissaient très vite, signaient à toute vitesse et il fallait les arrêter pour pouvoir tout traduire. La façon de signer en elle-même traduit leur personnalité : il y a les enthousiastes qui signent très vite et ceux qui signent plus timidement. Ces derniers sont curieux du concept mais restent réservés. Et ça fait énormément plaisir que ces gens viennent nous parler. Il y a un gros travail à faire en amont pour faire venir des malentendants : il faut contacter les associations, organiser des rencontres pour expliquer le concept.
Quel avenir envisagez-vous pour ce spectacle et pour Fumuj ?
On veut d’abord vivre le présent. Ce n’est pas un petit chantier, il reste encore beaucoup à faire. On doit développer la danse en LSI. De plus, il faut travailler sur les installations pour les rendre adaptables à tous les lieux de spectacle. On a envie d’une vraie tournée avec ce set. On voudrait aller jouer ailleurs qu’en France. Les programmateurs aiment notre concept, c’est très bien. Par contre, on n’a pas envie de faire de la communication sur place. Le but c’est de surprendre, pas de désigner les sourds qui sont dans la salle. On distribue des récepteurs à tout le monde pour découvrir la vibration, qu’on soit entendant ou pas. Il faut que ce soit une découverte dans les deux sens.





