Mariscal
Nouvel Atrium
Saint Avertin
par Loïc Bousquet
Interview pour phOtOurs et Terres du Son
J’ai profité du passage de Mariscal en Touraine pour un concert en première partie de Berry au Nouvel Atrium à Saint Avertin pour lui poser quelques questions. Nous nous sommes donc retrouvés au bord du Cher par un bel après-midi de printemps ensoleillé, pour une interview très agréable.
Interview pour phOtOurs et Terres du Son
J’ai profité du passage de Mariscal en Touraine pour un concert en première partie de Berry au Nouvel Atrium à Saint Avertin pour lui poser quelques questions. Nous nous sommes donc retrouvés au bord du Cher par un bel après-midi de printemps ensoleillé, pour une interview très agréable.
Mariscal, ce n’est pas forcément facile de présenter ta musique et de décrire ce que tu fais sur scène, le mieux c’est de te laisser nous parler de l’univers de «Mariscal» ?
Mariscal : «Mariscal», je crois que je commence à pouvoir le définir de mieux en mieux parce que je le connais de plus en plus, en tous cas au niveau de la scène. C’est un «one-man chanteur show». Ce n’est pas juste un concert de chansons françaises, surtout que ça n’en a pas vraiment l’allure musicale. C’est un bonhomme, qui a entre 25 et 30 ans, qui raconte des histoires à des gens sur son intimité et sur tout ce qu’il y a autour. C’est un peu comme si j’invitais les gens à venir chez moi pour passer un bon moment ensemble et se marrer un peu. Je me prends maintenant à parler à des personnes dans le public et tout d’un coup à repartir sur une chanson. C’est un peu ça qui se passe sans vraiment le faire exprès au départ.
Tu es un artiste complet et atypique, peux-tu nous parler du parcours artistique qui t’a conduit à être ce que tu es aujourd’hui ?
Mariscal : Je suis un musicien d’influences multiples. Je viens de l’improvisation, du théâtre et de la danse. C’est cela qui m’a conduit à écrire mes propres chansons, faire un concert seul, vouloir être très proche du public et faire de l’humour sur scène. Je suis chanteur avant tout, mais un chanteur peut chanter dans plein de configurations différentes. «Mariscal» seul existe depuis 4 ans et je tourne depuis 2 ans et demi avec une vingtaine de dates par an.
Par leur côté «non conventionnel», tes chansons plaisent ou ne plaisent pas mais laissent rarement indifférent, je pense tout particulièrement à «Roseline», que souhaites-tu faire ressentir aux gens qui viennent à tes concerts ?
Mariscal : Pourtant, cette chanson ne raconte pas grand-chose d’extrêmement choquant. C’est juste parce que je dis «je crois que j’ai envie de chier» que soudainement cela le devient. Lorsque j’ai monté ce projet, je voulais répondre à une identité d’écriture musicale que je n’arrivais pas à retrouver en travaillant avec les autres. Dans mes chansons, c’est moi, tel que je suis dans la vie, juste légèrement expansé pour être sur scène. Je pense que je pourrais dire cela en dehors d’une scène sans aucun problème. Je n’ai pas envie de bousculer ou de choquer mais je me dis que puisque cela me fait marrer, cela devrait faire marrer les autres. Sauf que, finalement, les gens font «oh!!!». Après, qu’est-ce que je peux faire ? Enlever cette phrase parce que le public réagit ou la laisser parce que c’est moi et que j’ai envie de chanter ça. Finalement, je m’aperçois que les gens finissent par le prendre au 2nd degré et finalement ce n’est pas si choquant. C’est juste que cela ne va pas tout à fait dans le sens de la chanson française ou de l’habitude de ce que l’on attend. En fait, j’écris des choses qui sont faites pour être entendues mais pas forcément parce que les gens ont envie que je les écrive. Et puis, je pense qu’en plus du texte il y a aussi l’énergie que je donne et c’est l’ensemble qui va faire que les gens vont être contents ou pas.
Le public te suit volontiers dans ton univers, apprécie tes chansons et ton style, répond avec enthousiasme à tes interventions, comment réagis-tu lorsque tu vois des personnes qui reviennent te voir, qui connaissent déjà tes chansons ou tout simplement qui apprécient ce que tu fais ?
Mariscal : Lorsque tu es un chanteur «en développement», tu es habitué à ce que l’on ne t’aime pas. Et, quand on commence à t’aimer, même un tout petit peu, c’est d’abord surprenant mais surtout très encourageant. S’il y a des gens qui aiment bien ce que je fais, c’est qu’il y a une place pour moi quelque part et cela me permet de continuer.
Que dirais-tu à quelqu’un qui n’apprécierait pas ce que tu fais ?
Mariscal : «Reviens une autre fois»… En première partie, le public ne vient pas forcément pour te voir. Parfois ils ne savaient même pas que tu venais. Certains vont être vachement contents et d’autres non. Avec la qualité et la quantité des applaudissements ainsi que l’écoute, tu vois vraiment si les gens sont contents ou pas. Sur scène tu le ressens vraiment, surtout si tu vois le public. Ce n’est jamais gagné d’avance, il faut aller chercher les gens. Et puis, il faut que cela reste léger, ce n’est pas vraiment un travail d’intellectuel, ce n’est pas de la philosophie, c’est juste de la chanson.
Tu vas participer au festival Terres du Son en juillet prochain, quel rapport as-tu avec ce genre d’évènement ?
Mariscal : Ce ne sera pas mon 1er festival et ce ne sera pas non plus mon 1er Terres du Son. J’avais déjà fait ce festival, il y a quelques années, lors de la 1ère édition en 2005, avec un groupe nommé X. C’est très différent d’un concert en salle. Le public n’est pas le même, il est souvent plus important et plus dispersé. Il vient voir plein de choses en même temps, il a donc une attention beaucoup plus réduite. C’est pourquoi, tu prépares un festival en te limitant à la musique et en réduisant au maximum les temps de parole. Très souvent ça ne prend pas, parce que les gens ne sont pas là pour ça, surtout quand tu n’es pas trop connu et que tu n’as pas un temps suffisant pour installer une relation avec le public. Il faut être vigilant parce que sinon c’est une cause de plantage. Après, il y a une grande part d’improvisation, je prévois quelque chose mais je fais en fonction de ce qui se passe. Si les gens ont envie que je cause alors je cause, s’ils n’ont pas envie que je cause alors je ne cause pas.
L’ASSO, l’association qui organise le festival Terres du Son, essaye de promouvoir les groupes locaux en développement soit en les programmant, soit en les soutenant sur le long terme avec le REDDMA (Réseau d’Echange et de Diffusion Départementale de Musique Actuelle), que penses-tu de cette action ?
Mariscal : Je n’aime pas trop le terme «en développement». Un artiste est «en développement» lorsqu’il développe son premier projet et qu’il tend à le rendre professionnalisation. Mais dans mon cas, je fais ce métier depuis une dizaine d’années et j’essaye d’en vivre depuis plus de 7 ans. Cependant, c’est très important de soutenir les artistes locaux. Au départ, on se produit sur un terrain bien défini, il est important d’agrandir son terrain d’arrosage. Si on ne nous donne pas la possibilité d’être vu d’une part par le public et d’autre part par les professionnels, il devient rapidement impossible d’aller plus loin. Je n’ai pas pu m’inscrire au REDDMA car à l’époque cette structure n’existait pas. Mais le Pôle Chanson, Fabien Tessier qui a le label ELAP et un studio près de Tours, Robert de Bocal Masik et plus récemment l’Arcadie à Paris m’ont beaucoup aidé. Mais tu peux passer de structure en structure parce qu’au départ tu as pu te développer au niveau local. S’il n’y a pas des festivals, des programmateurs ou des structures qui font ce boulot là, tu as très peu de chances d’y arriver tout seul.
Le festival Terres du Son met en avant, avec ses moyens, le respect de l’environnement avec la mise en place des toilettes sèches, les verres sous consigne, les brigades de nettoyage… comment en tant qu’artiste vois-tu cette démarche ?
Mariscal : Je n’ai pas de toilettes sèches chez moi, d’ailleurs cela ne doit pas être simple à installer chez soi… Que ce soit l’écologie, le respect de l’environnement, la musique et tout le reste, on est dans le même phénomène de surconsommation qui abime la planète et les gens. Acheter une voiture neuve toutes les semaines, acheter le dernier portable ou lecteur mp3 dès sa commercialisation, «bouffer» des mauvais produits vendus dans les supermarchés, s’obliger à travailler plus que de raison pour gagner encore plus en faisant un travail de «merde» tout en étant malheureux 45 ans de sa vie, écouter de la musique poubelle, ne pas aller en concert ou au théâtre, ne regarder que la télévision, ne pas sortir, rester enfermé chez soi… tout cela rend les gens stupides et mauvais. Je n’ai pas la solution, je ne vois pas comment faire avec un phénomène aussi planétaire. Mais je pense qu’il faut absolument qu’il y ait des structures, des artistes, des festivals… pour susurrer à l’oreille des gens qu’il existe une autre manière de voir les choses. Après, je suis comme tout le monde, je ne suis pas meilleur ou pire que les autres, j’ai juste le sentiment que ça peut être différent, que ça devrait être différent…
Aujourd’hui, tu joues une vingtaine de dates par an, tu vas bientôt faire ton premier album, cela se passe bien pour toi, où te vois-tu dans dix ans ?
Mariscal : Dans l’immédiat, je vais continuer à développer ce projet, sortir mon 1er album, faire de plus en plus de concerts, aller à la rencontre du public le plus souvent possible, rester dans l’environnement d’une scène et d’un rapport avec un public. Et dans 10 ans, j’en sais pas grand-chose, je resterai lié à l’écriture quelle qu’elle soit et pas forcément dans la chanson.
Merci Mariscal









