Shaka Ponk
Espace Culturel Yves Renault
Chambray lès Tours
par Marion Bérard
Six mois après la sortie de son troisième album, le groupe Shaka Ponk écume toujours les salles de concert. Le groupe qui ne vit que de scène et avale les kilomètres à longueur d’années, a décidé de faire un tour par la Touraine. Les six enragés du rock et leur singe numérique ont investi l’Espace Culturel Yves Renault, Chambray lès Tours pour un concert explosif. Nous avons rencontré Ion, le batteur du groupe.
Le groupe existe depuis une dizaine d’années mais on entend à peine parler de vous dans les médias. Comment l’expliquez-vous ?
Ion : On ne se pose pas vraiment la question, on ne l’explique pas. Mais c’est vrai qu’en France le rock n’est pas médiatisé, à part les grands groupes. Nous ne sommes pas particulièrement déçus, on constate que ça fait dix ans que le groupe existe sans l’aide des médias. Récemment quelques grandes radios nous ont approchés. La médiatisation ne compte pas trop pour nous, on a déjà fait un bout de chemin avec des concerts bien remplis. On compte beaucoup sur le public qui fait son marché.
Ce soir vous jouez à Chambray, le lendemain au Zénith de Paris et à chaque fois l’ambiance était électrique. Il est dopé à quoi le public de Shaka Ponk ?
Ion : Rien n’est prémédité, on ne se pose pas de questions sur ce qui va marcher ou pas. Notre public est difficile à définir : des baba-cools, des rockeurs, des métalleux, des costards de quarante ans, des enfants sur les épaules de leurs parents. C’est très diversifié. Les gens sortent contents et nous aussi quand on les voit de la scène. Peu importe d’où ils viennent. Quand on joue à la maison comme ce soir [le leader Frah est originaire du Loir-et-Cher, ndlr] on retrouve le plaisir de revenir. Ça peut paraître plus facile mais ça ne l’est pas forcément. A Chambray on a été vraiment surpris parce que c’est une date qui s’est décidée presque au dernier moment, pourtant la salle était pleine et le public super chaud. Heureusement qu’on ne fait pas que des grandes salles comme le Zénith, c’est plus intimiste, on est plus proche du public et ça nous plaît.
Justement vous avez fait une Cigale et un Zénith complets longtemps à l’avance, presque la moitié des places pour l’Olympia en avril sont déjà vendues, comment vous faites ?
Ion : Nous sommes des geek qui passent leur temps sur Internet. On travaille tout le temps sur des écrans et on met tout en ligne sur notre site Monkey TV et notre page Facebook. Les gens nous suivent sur Internet et le bouche à oreille marche très bien. Nous comptons beaucoup sur les internautes pour faire passer le message.
Pourquoi miser autant sur Internet et le numérique ?
Ion : Notre point de vue sur Internet est très engagé. C’est un outil qui a fait bouger les choses dans l’industrie du disque et de la musique. Avant, on écoutait seulement ce qui sortait en CD. Aujourd’hui les disques physiques ne se vendent plus. Le web est une mine d’or pour le public et les artistes. On peut être très créatif sur Internet et on a accès directement au public. Notre rêve pour SHKPNK serait un site web entièrement dédié au groupe, qu’on pourrait alimenter tous les jours. Quand une chanson serait finie, on la mettrait en ligne directement et les gens qui suivent notre actualité commenterait directement. On n’aurait même plus à sortir de disques, tout serait fait en continu. Ça correspond aussi à notre façon de travailler.
Le dernier album s’est fait sur la route, comme les autres ?
Ion : On est un peu hyperactifs [rires], on fait toujours tout en même temps. On monte des vidéos et on enregistre des sons entre les concerts. Les idées nous viennent comme des flash, on peut passer très vite de l’une à l’autre alors il faut enregistrer vite. Le troisième album s’est fait pendant la tournée de Bad Porn Movie Trax [le deuxième album du groupe sorti en 2009, ndlr]. Notre bus de tournée est un véritable studio d’enregistrement. Avec une simple carte son, on enregistre les voix et les instruments, sauf la batterie qui est programmée sur logiciel ou enregistrée sur une vraie avant un concert par exemple. Le groupe fonctionne à l’adrénaline et cette manière de fonctionner donne un air plus festif à l’album. On s’inspire d’autres artistes, des premières parties qu’on invite par exemple, mais aussi de films ou de séries. On est très ouverts musicalement. Du moment que le son nous fait bouger on aime.
Bertrand Canta c’était un rêve ? Un moyen aussi d’évacuer les reproches de ne jamais faire de chanson en français ?
Ion : C’était plus qu’un rêve, c’était le fantasme de tous les membres du groupe. On ne se sent pas capables de faire des textes en français, lui en est capable et il le fait beaucoup mieux que nous. Alors oui, on disait que la seule chance de faire une chanson en français c’était de jouer avec Bertrand Canta. Nous nous sommes rencontrés à Bordeaux. Il était venu voir des amis qui jouaient notre première partie. Il est resté pour nous écouter. Il est venu nous voir pour nous dire qu’il avait accroché à ce qu’on faisait. On s’est échangé nos numéros et puis, un jour où on avait rien à faire, on a essayé de jouer ensemble. Je peux vous dire qu’on était contents en sortant. Quand on lui a dit qu’on allait en faire une vidéo, Bertrand a voulu être de la partie. Il était sur scène au Zénith avec nous, on s’est fait un bœuf. C’était très émouvant. On a vraiment été très honorés de faire un bout de chemin avec lui.


















